Comment peut naître le besoin d’écrire?

Les chemins qui mènent à l’écriture sont parfois inattendus. Jugez-en…

Bordeaux, le 2 octobre 1970. Il est 20 heures. Le centre ville est en effervescence : Marcel Cerdan junior va affronter un robuste Autrichien. Il porte sur ses épaules tout le poids de la gloire d’un père trop tôt disparu. La foule surexcitée l’encourage. Des « Allez Marcel! » fusent de tous les coins du Palais des Sports. Il est évident que le jeune boxeur rallie tous les suffrages du public. Son adversaire n’en semble pas ému et reste serein. Sait-il au fond de lui qu’il n’est pas donné à qui veut de devenir champion du monde et qu’il ne suffit pas d’être le fils d’une star pour remporter le titre ?

Jean-Paul est profondément heureux de pouvoir assister à ce match exceptionnel. Il s’est préparé depuis des mois à cette soirée et les clients de sa carrosserie savaient que ce jour-là il ne serait pas question de venir toquer à la porte du garage après dix-huit heures. Il a tout juste eu le temps de poser son bleu de travail et de se doucher et s’apprête à savourer le spectacle.

Le coup de gong libère enfin les deux boxeurs. La foule, tendue à l’extrême, explose dès le premier échange. Les reprises se succèdent et les joueurs font jeu égal jusqu’au moment où Marcel touche malencontreusement son adversaire en dessous de la ceinture. La sanction tombe: un avertissement et un point de pénalité. Cette décision arbitrale déclenche un tollé de protestations. Pourtant, petit à petit, un calme relatif s’installe dans l’arène.

L’attention de Jean-Paul est alors attirée par son voisin de droite qui semble parler tout seul et répète inlassablement : « Salaud! Salaud! » Soudain, l’homme n’y tient plus et, prenant un autre spectateur à témoin, il hurle : « Non, mais tu as vu?… Tu as vu cet enfoiré d’arbitre?… De toute façon, ça ne m’étonne pas: ce mec a une gueule de garagiste! »

Jean-Paul encaisse cette phrase assassine en pleine « gueule ». Il s’apprête à réagir vigoureusement puis se ravise. L’invective ne lui était pas personnellement destinée puisque son voisin ne le connaît pas… mais le coup a porté.

Marcel Cerdan gagne le match, difficilement, au point, mais au milieu de la foule en liesse, un homme, blessé au plus profond de son être, serre les poings.

Jean-Paul rumine pendant deux mois et peu à peu son projet prend forme: puisque c’est ainsi, il va montrer à cette société méprisante que pour être garagiste, on n’en est pas moins un homme avec un coeur et une tête. Il va poser enfin sur le papier les mots qui le hantent depuis tant d’années, ces mots qu’il taisait jusque-là par honte ou par pudeur… Son livre s’intitulera « Gueule de garagiste« !

 

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